Jean Epstein
La quantité d'essais qu'il a écrit sur le septième art démontre que Jean Epstein était un technicien du cinéma. Un technicien cependant, avec un goût extraordinaire pour l'expérimentation, pour l'impressionisme, pour les atmosphères surréelles créées en exploitant au maximum les potentialités du
cinéma. Né à Varsovie en 1890, Epstein déménage rapidement en Suisse puis en France où il étudie la médecine. Il est secrétaire de Lumière, et il publie en 1921 sur «Bonjour Cinéma» son premier essai théorique qui ne laisse pas indifférents les lecteurs. Ses capacités stylistiques reconnues le poussent à
écrire, l'année suivante, avec Abel Gance, le scénario de «La Roue». De là, il entreprend rapidement la carrière de réalisateur, et réalise pour la «Pathé» le documentaire «Pasteur» qui lui vaut de signer avec la maison de production enthousiaste un contrat décennal (qu'il dissout ensuite rapidement).
Au cours des années suivantes, il porte à l'écran des travaux tels que «Cœur fidèle», «L'Auberge rouge» et «La Belle Nivernaise», films qui rencontrent la faveur du public, surtout jeune, lié à l'avant-garde, grâce au style élégant et à l'attention portée sur le potentiel expressif du montage. Après être passé par
l'«Albatros», par laquelle il se sent freiné, il fonde sa propre maison de production, «Les Films Jean Epstein». D'un point de vue économique, l'expérience ne se révèle pas fructueuse. Elle correspond cependant à la période de créativité maximale du cinéaste, qui sous cette étiquette réalise son chef d'œuvre «La chute de la maison Usher» (tiré d'un récit de Edgar Allan Poe), un film chargé d'atmosphère Horror qui rencontre un grand succès. Pour ce travail il collabore avec le jeune et encore inconnu Luis Bunuel. A mi-chemin entre technique et magie, Epstein a su créer dans ses films l'irréel, l'onirique et le surréel en partant d'une exagération du réel (n'oublions pas qu'il avait commencé comme documentariste). Avec l'avènement du sonore, l'intérêt du réalisateur pour le documentaire se ravive, il le réinterprète à sa manière en réalisant, quasiment jusqu'à sa mort (à Paris en 1953) des travaux comme «Morvran», «L'Or des mers» et «Eau vive».
